N°5 – rimes et jeux de l’enfance

 

| Éditorial

Le mois de février 2000 est à marquer d’une pierre blanche. «La Grande Oreille», première édition du festival de contes à Paris, a connu un succès inespéré. Inespéré parce que nous n’attendions pas une telle affluence : la plupart des dix soirées ont rempli jusqu’à ras bord l’honorable salle de l’Européen (350 places). Inespéré parce que les spectacles proposés ont attiré, outre les amateurs de contes, un public neuf. Détail non négligeable : il s’en est allé content. Inespéré enfin parce que les média (presse écrite, radios, télévisions) ont largement annoncé nos festivités. Qui plus est, ils l’ont fait avec une évidente sympathie. Nombre de journalistes, heureusement surpris, ont à cette occasion découvert que le conte était aujourd’hui bien autre chose qu’un divertissement enfantin vaguement teinté de ruralité passéiste. Bref, nous n’avons pas perdu notre temps.
On a beaucoup parlé, ces dernières années, de renouveau du conte. De fait, ce n’est pas le conte qui refleurit. Depuis que la terre est humaine, il n’a jamais connu de morte saison. C’est simplement que s’ouvre une oreille nouvelle. On vient de plus en plus écouter les conteurs avec cette sorte de soif que l’on a pour l’air frais après trop longtemps d’agitation dans les fracas ordinaires du monde. Au rythme où vont les temps, considérer le conte comme un art d’avant-garde cessera bientôt d’être un paradoxe aimable, j’en prends à nouveau le pari. Rendez-vous, pour complément de preuve, l’an prochain à la même époque. Il va falloir être à la hauteur.
La Grande Oreille poursuit donc son chemin avec un entrain renouvelé. Le dossier du présent numéro est consacré à l’enfance, à ses jeux, à ses paroles de bord de lit et de cour de récréation. Retour, après le coup de projecteur du festival, à d’humbles émerveillements. Notre art a ses intimités. Gardons nous de les oublier, c’est de ces sources-là que partent les grands fleuves. Hors le dossier trimestriel, la part faite à l’information, aux reportages et aux débats s’étoffe. Elle s’amplifiera encore. De nouveaux collaborateurs nous ont rejoints, de nouvelles rubriques vont naître. Nous aimerions, entre autres souhaits et projets, que s’installe un forum permanent d’échanges d’expériences et de remuement d’idées. Nous en avons exprimé quelques-unes, parfois vives, sur ce désir moderne et ambigu d’être professionnel, plutôt qu’artiste. Nous sommes loin, évidemment, d’avoir épuisé le sujet. Il est à mon sens plus important que l’on ne croit. N’oublions pas : nous avons à construire, sur le plus antique des arts, une pratique nouvelle.


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