N°2 – les contes du fou juif

 

| Éditorial

À l’entrée de ce numéro consacré à la variante juive de la folle sagesse, il m’apparait opportun de poursuivre un débat que les rédacteurs de la Charte des Conteurs ont eu le mérite d’ouvrir. Les conteurs n’ont en effet que peu de repères identitaires. L’art de conter, à l’ inverse du roman, de la poésie, du théâtre, n’a pas le moindre texte fondateur. Il n’a même pas la solide tradition des gens du cirque. Pourquoi?
Nous ne savons pas qui nous sommes. Héritiers de qui ? Des grand’parents de coin du feu ? Des colporteurs ? Des poètes oraux qui maîtrisaient l’art de l’improvisation versifiée ? Ou d’Homère ? Ou des auteurs des Mille et Une Nuits ? Paradoxe : nous, raconteurs d’histoires, ignorons tout, ou presque, de celle qui devrait nous être la plus chère : la nôtre. Il nous est donc impossible de nous inscrire dans une tradition, une lignée, un enracinement assez profond (et conscient) pour nous permettre de pousser haut et droits dans cette fierté d’être qui fait la force, par exemple, des clowns, des comédiens. Ils ont, eux, la fierté de ce qu’ils sont. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas seuls au monde. Ils ont des ancêtres. Peu importe qu’ils se réclament d’eux ou les rejettent. Le seul fait que ces pères soient là, présents, derrière eux, est fécond et dynamique.
Qui sont nos ancêtres ? Mystère. Flou. Brouillard. L’histoire des conteurs (ou peut-être, après tout, leur mythe) pourrait — devrait — être l’œuvre des conteurs eux-mêmes. Nous devrions nous atteler collectivement à cette tâche. Sommes-nous loin de la Charte citée plus haut ? Je ne crois pas. L’ambition de l’Association des Conteurs d’En France, qui a publié ce texte, était de proposer quelques modes de comportement et principes de base. Certains m’apparaissent discutables. Je pense à ce qui touche au droit d’auteur et à la notion de professionnalisme. Je propose donc qu’ils soient discutés. La Grande Oreille est ouverte à toute parole. Pour le reste, de quoi parle cette Charte ? De bonne volonté ? De respect d’autrui ? De bon sens ? De délimitation des territoires ? Tout cela, aussi nécessaire que ce soit, ne nous semble pas suffisant à fonder une adhésion profonde, charnelle à cet art de conter que nous avons l’ambition de servir. Et cette adhésion-là n’est pas seulement indispensable. Je la crois vitale.
J’ai assisté, il y a peu, à un étonnant concours d’enfants conteurs. Certains étaient stupéfiants d’aisance et de maîtrise. Combien, parmi eux, choisiront plus tard d’exercer notre art ? J’ai eu la curiosité d’interroger les finalistes. Aucun. Pourquoi ? Je leur ai posé la question. La plupart ont haussé les épaules, l’air rêveur, sans savoir. Ce n’est pas à eux de trouver la réponse. C’est à nous. Faute de quoi, nous qui ne nous connaissons pas de pères, nous n’aurons pas de descendance.


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