Editorial
De quoi le temps s’habille-t-il ? De vent, de nuages, de bleu,
de pluie, de neige, de tempêtes, de brouillard, d’arbres échevelés, toutes choses qui font
qu’on le voit remuer, qu’on peut lui supposer des humeurs familières, des rires, des douceurs, des rages. La météo, avant d’être une science approximative, fut un de ces arts populaires
où le flair et l’imagination poétique faisaient ensemble bon ménage. Nous sommes donc allés explorer ces temps-là où le vent était messager et murmurait parfois des histoires, des contes entre les volets clos, à la tombée du jour.
Henri Gougaud
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Editorial
“Le grand mage, écrivit Voltaire, posa d’abord cette question :
Quelle est de toutes les choses du monde la plus longue et la plus courte, la plus prompte
et la plus lente, la plus divisible et la plus étendue, la plus négligée et la plus regrettée,
sans qui rien ne peut se faire, qui dévore tout ce qui est petit et qui vivifie tout ce qui est grand ? Zadig dit que c’était le temps.” Le Temps : “Milieu indéfini où paraissent se dérouler
irréversiblement les existences dans leur changement, les événements et les phénomènes
dans leur succession”. Telle est la brumeuse définition que donne le Grand Robert de l’inévitable compagnon de nos vies. Inévitable et multiforme. De quoi parle-t-on au juste, quand on parle
du temps ? Des jours, de leur lenteur, de leur hâte à passer ? Des lunes révolues, de l’époque présente ? De l’immortel ? De l’éphémère ? De tout cela, assurément, puisqu’un seul mot désigne ce dieu qu’aucun temple de peut cerner. Il est trop vaste. C’est pourquoi sans doute
la sagesse populaire ne s’est guère intéressée qu’à ses vêtements saisonniers. Seuls ses habits le font humainement saisissable. De quoi le temps s’habille-t-il ? De vent, de nuages, de bleu,
de pluie, de neige, de tempêtes, de brouillard, d’arbres échevelés, toutes choses qui font
qu’on le voit remuer, qu’on peut lui supposer des humeurs familières, des rires, des douceurs, des rages. La météo, avant d’être une science approximative, fut un de ces arts populaires
où le flair et l’imagination poétique faisaient ensemble bon ménage. Nous sommes donc allés explorer ces temps-là où le vent était messager et murmurait parfois des histoires, des contes entre les volets clos, à la tombée du jour.
Notre revue bouge encore, preuve qu’elle est vivante. Nous avons décidé, à partir
de ce numéro, de consacrer une rubrique régulière aux associations de conteurs amateurs,
à ceux et celles qui ne sont pas constamment en vitrine et qui constituent, à notre avis,
ce terreau, cette force amoureuse, stimulante et nourricière sans laquelle notre art serait bientôt en grand danger de s’étioler, ou de se réduire à sa dimension purement spectaculaire.
Cette rubrique sera, évidemment, ce que ces groupes d’amateurs en feront. Qu’ils disent ici
leurs partis pris et leurs espoirs, qu’ils exposent leurs projets, qu’ils rendent compte de leurs manifestations, de leurs pratiques. Que La Grande Oreille devienne leur lieu de rendez-vous
et d’échange d’idées. Voilà ce que nous souhaitons. Qu’on se le dise !
Henri Gougaud
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